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Publié dans la revue AI & Society, cet article de Lou Manuel Arsenault explore l’anthropomorphisation de l’intelligence artificielle (IA) en tant que tactique esthétique visant à intégrer l’IA dans la culture et la société. S’appuyant sur la philosophie de Gilbert Simondon et sur ses développements relatifs à la pensée esthétique dans Du mode d’existence des objets techniques, l’article soutient que l’anthropomorphisation mystifie l’IA en favorisant une « hypnose technique » qui entrave l’engagement critique et la connaissance approfondie de son fonctionnement. Par ailleurs, en s’appuyant sur la théorie de la pragmatique culturelle de Jeffrey Alexander, l’article analyse la manière dont l’anthropomorphisme agit comme un « re-fusionneur » de sens, en alignant la présentation de l’IA sur des scripts culturels partagés et en permettant aux usagers de s’identifier aux machines. Les performances réussies — telles que les agents conversationnels dotés de voix genrées ou les robots humanoïdes mis en scène dans des environnements stylisés — puisent dans des imaginaires collectifs façonnés par les médias et la science-fiction. Enfin, l’article soutient que l’anthropomorphisation n’est pas un simple choix de design, mais une stratégie politique : elle normalise la présence de l’IA tout en court-circuitant la délibération publique et la possibilité même de la critique.

